Même après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, aucune analyse ni préparation à un éventuel conflit avec l’Allemagne n’a été effectué par l’état-major polonais. En effet, à ce moment, la Pologne craignait bien plus une attaque de l’URSS, se concentrant donc sur le plan Wschód (« plan est »). Seul un plan de mobilisation datant des années 1920, le plan « S », était prévu en cas d’une guerre contre l’Allemagne – plan par ailleurs largement dépassé pour les années 1930.
Le plan Zachód
Le plan "W"
Conscient que leur plan de mobilisation était largement dépassé, l’état-major polonais commença à travailler sur l’élaboration d’un nouveau plan de mobilisation à l’été 1935. Les hypothèses de base du plan furent créées par le général de brigade Wacław Stachiewicz, tandis que l’équipe du colonel certifié Józef Wiatr développa les techniques détaillées permettant la mise en œuvre des principes du plan. Le plan de mobilisation « W », entré en vigueur le 1er mai 1938, supposait la division de toutes les unités en trois groupes mobilisés de deux manières : urgence et normale. En période de menace, le plan prévoit des activités préparatoires qui facilitent la mobilisation. La mobilisation d’urgence repose sur la nomination nominative de réservistes, se présentant avec des chevaux et des véhicules à moteur ; tandis que la mobilisation normale correspond au système normal reposant sur la publication d’annonces publiques – également par le biais de la presse et de la radio – ordonnant la mobilisation générale.
En temps de paix, les cartes de mobilisation étaient conservées dans les bureaux des powiaty (districts) et les commissariats de police. Au moment de la mobilisation, les starostas et les commandants de police étaient chargés de distribuer ces cartes. En raison de leur caractère local, la mobilisation des unités de la Défense Nationale s’effectuait par « masse », qui pouvait être commandé séparément pour chaque unité.
Les principales hypothèses du Plan de mobilisation « W » étaient : flexibilité et universalité, rapidité de mobilisation, territorialité de la mobilisation, décentralisation de la mobilisation, uniformité du commandement, faisabilité du déploiement des unités militaires prévues, déployer le nombre maximum d’unités à la frontière et secret des préparatifs de mobilisation.
La mobilisation des unités du groupe d’alarme eu lieu avant l’annonce de la mobilisation générale par la « mobilisation silencieuse », qui couvrait près des ¾ de toutes les forces. La mobilisation des unités de ce groupe eu lieu par un système de cartes dans lequel des groupes étaient marqués par un système de couleur : le vert regroupe les mobilisés le plus rapidement, à savoir des unités frontalières stationnées à l’est, à l’ouest et au nord du pays, c’est-à-dire : le KOP (corps de protection des frontières), les gardes-frontières, la police d’État. Le rouge comprend de grandes unités d’infanterie sur la frontière orientale et mobilisé dans son ensemble ou par commandements de districts de corps. Le marron regroupe les mobilisés dès la première période de menace, incluant deux sous-groupes : la première projection des états-majors de l’armée et des groupes opérationnels indépendants (GO) avec des formations de communication appropriées ; l’aviation, les unités de défense aérienne, les unités de réparation des lignes ferroviaires, y compris les unités délivrées par le ministère de la Communication. Le bleu comprend de grandes unités d’infanterie stationnées à la frontière avec l’Allemagne, mobilisé de la même manière que le groupe rouge. Le jaune inclut la plupart des unités de cavalerie, des unités non divisionnaires et quelques unités d’infanterie stationnées à l’intérieur du pays, elle était appelée « réserve de couverture » et était destinée à renforcer la couverture de toutes les frontières. Enfin, le noir regroupe 2 divisions d’infanterie (26e et 28e), 1 brigade blindée et motorisée (10e BK), des unités et sous-unités non divisionnaires et des établissements de service formant le Corps d’intervention, destinés à renforcer les forces dans la zone frontalière menacée.
Pour finir, la mobilisation générale devait se faire en deux vagues. La première comprenait des unités actives et de réserves mobilisées sur la base des annonces. Leur période de préparation au combat durait généralement de 3 à 5 jours et commençaient à être transportés vers le 4e jour de mobilisation. Ce groupe comprenait 2 divisions d’infanterie, le reste était des unités non mobilisées par l’urgence, quelques unités d’artillerie, de sapeurs et de communications ainsi que la majeure partie du matériel roulant.
La deuxième vague de mobilisation générale ne comprenait que des unités de réserve. La mobilisation de ces unités commença le 7e jours de mobilisation et les dates de préparation au combat s’étendait jusqu’au 10e et 11e jours de mobilisation.
Les forces polonaises
L’armée polonaise, commandée par le maréchal de Pologne Edouard Rydz-Śmigły, déploya le 1er septembre 1939 6 armées et 1 corps d’armée disposés le long des frontières avec l’Allemagne et la Prusse orientale. Au nord, l’armée de Modlin, commandée par le général Emil Krukowicz-Przedrzymirski, et le corps de Narew, commandé par le général Stefan Dąb-Biernacki ; dans le couloir de Dantzig, l’armée de Poméranie, commandée par le général Władysław Bortnowski ; au centre, l’armée de Poznan, commandée par le général Tadeusz Kutrzeba, et l’armée de Lódź, commandée par le général Juliusz Rómmel ; au sud, l’armée de Cracovie, commandée par le général Antoni Szylling ; le long de la frontière avec la Slovaquie, l’armée des Carpates, commandée par le général Kazimierz Fabrycy.
Le total comprenait 950 000 hommes, réparti en : 33 divisions d’infanterie ; 1 division ; 14 brigades de cavalerie ; 5 départements blindés, ces derniers affectés en petites portions à des unités d’infanterie et de cavalerie, ce qui rendait impossible leur utilisation massive.
Les forces blindées polonaises comprenaient 5 bataillons de chars : 2 et une en cours de création, équipé de 132 chars légers de type 7TP ; 1 et une compagnie indépendante, de 45 chars de type Renault R35 ; 1 avec les Renault FT obsolètes ; 2 brigades de cavalerie mécanisée (dont seule la 10e brigade de cavalerie motorisée entièrement formée) équipées d’une composante blindée avec : 22 chars moyens Vickers Mk.E Type A et 16 Vickers Mk.E Type B. Outre ces unités, l’armée polonaise possédait une trentaine de compagnies de tankettes (petit char de la taille d'une voiture), affectées aux divisions d’infanterie et aux brigades de cavalerie.
La Polskie Lotnictwo Wojskowe, l’armée de l’air polonaise, comptait environ 1 900 avions, dont 650 étaient des avions d’entraînement et 700 autres étaient souvent obsolètes et non opérationnels.
La force de première ligne actuelle comptait : 30 chasseurs PZL P.7 ; 128 chasseurs PZL P.11 ; 118 bombardiers PZL.23 Karaś – chasseurs de reconnaissance ; 8 chasseurs-bombardiers PZL.43 Czajka réquisitionnés ; 36 bombardiers moyens PZL.37 Łoś ; 14 bombardiers moyens LWS-6 Żubr ; 84 avions de reconnaissance (entre Lublin R-XIII et RWDs-14 Czapla). A ces avions opérationnels s’ajoutaient une centaine de véhicules obsolètes, principalement utilisés pour la reconnaissance et le transport.
La Pologne possédait également une petite flotte, également équipée de sous-marins et autres unités légères, qui ne participa cependant pas au conflit avec l’Allemagne, puisque la plupart des unités de surface quittèrent les ports polonais pour se diriger vers le Royaume-Uni, tandis que les plongeurs participèrent à l’opération Worek : La tentative de nuire au trafic des navires allemands dans la Baltique, qui eut peu de succès.
